Le kroepoek magique
L'autre jour, en rangeant mes armoires. cela ne m'arrive malheureusement que trop rarement puisque je souffre comme je le rappelle à l'aimable assistance d'un trouble obsessionnel compulsif du désordre qui me rend l'ordre insupportable, mais trop c'est trop. en rangeant mes armoires donc, je trouvai quantité de choses périmées. Des boîtes de poudre à lessiver Soleil que mon arrière grand-mère avait stockées peu avant la seconde guerre mondiale, de la cassonade avec un enfant rigolard des années 80, des harengs et des sardines à l'huile sans date limite, du thé du début des seventies et surtout mon plus beau lot. un paquet de kroepoeks de 1968.
Par défi, par sottise, poussé par mon goût des sixties, que sais-je, je décidai de m'en cuisiner UN. Je pris ce petit rond rougeƒtre et solide qui avait traversé les ƒges et le précipitai dans la graisse. Il gonfla. A l'oil nu, il semblait être un kroepoek comme les autres. Je l'admirai et le reniflai longtemps avant de me décider à le manger. Ne soyez pas tristes, mes amies, mes amis, tel est le sort des kroepoeks : se faire dévorer par les gras et gros humains que nous sommes.
Je ne fus pas déçu. Les visions accaparèrent directement mon cerveau. Je VIS de la VISE comme qui disent les jeunes. Un mandarin fou fonça vers moi voulant me trucider avec son épée tranchante. Je me baissai et une odeur de jasmin pénétra mon être. Je me trouvais en Mandchourie. Qin Sin Huandgi m'apparut et hurla des propos incohérents à propos de la route de la soie. Il fallait que je revienne chez moi rapidement, lui dis-je, je n'avais pas fini de ranger mon armoire. Ce bon vieux Qin me dit qu'il ne lui était pas possible de m'appeler un taxi. On était dans les deux cents avant Jésus Christ quand même.
Je m'éveillai. Les kroepoeks jonchaient le sol. Y a pas à dire, la nourriture communiste chinoise, c'était quand même autre chose que la bouffe de Mao Donalds.