Anne, Marcelin et moi étions assis dans le bus, nous avions trouvé une place à côté d'un jeune homme regard vide casquette retournée qui crachait sur la vitre. Il y a des gens comme ça qui ont trop de salive, ils devraient récolter le surplus et l'offrir aux pauvres qui n'en ont pas assez, mais ça c'est une autre histoire.
En regardant autour de moi, j'étais heureux d'être assis à côté d'un lama, les voyageurs de seconde classe (debout accrochés aux mains courantes ou aux piquets jaunes) se trouvaient dans une posture très inconfortable. Le bus, qui en principe ne peut contenir qu'une septantaine de personnes, était surpeuplé, il devait y avoir plus ou moins 230 individus. Certains criaient de douleur, d'autres manquaient d'oxygène, la plupart d'entre eux téléphonaient à leurs proches, probablement pour leur annoncer qu'ils allaient mourir ou un truc du genre. Aaahrrr CHUIS DANS L'BUS, aaaahrouiiilll OUEH CHUIS DANS L'BUS putébouchtoi CHUIS DANS LE BUUUUSSS KE JE TE DIS. Le spectacle était insupportable. Le chauffeur a arrêté l'engin pour ouvrir les portes quelques instants histoire d'abandonner les cadavres qui encombraient inutilement l'espace vital. Il avait fait une énorme erreur stratégique. 34 vieux, 15 landaus et l'homme le plus gros du monde en ont profité pour s'introduire dans le véhicule. C'était foutu, les portes ne voulaient plus se fermer et le busdemerde était devenu trop lourd, il n'avançait plus.
Après 2h30 de réflexion, le chauffeur a pris la parole, sa voix virile et charmeuse sortait d'un haut parleur situé non loin de mon oreille gauche. Il a gueulé comme un malade : Hé SALKONNAR HOMME LE PLUS GROS DU MONDE, SORS DE MON BUS TU ME GONFLES ! Les gens riaient, ils pointaient du doigt l'homme le plus gros du monde qui pleurait. J'étais triste pour lui, j'ai senti de grosses larmes chaudes couler sur mon épaule, je devais vraiment être très triste pour pleurer de l'épaule. Il a fallu un certain temps avant que je remarque qu'il s'agissait en fait d'un énorme filet de bave s'écoulant de la bouche de mon nouvel ami à la casquette retournée. Il s'était endormi sur moi... Comme c'était mignon, j'avais l'impression d'être une maman sur qui un jeune nourrisson venait de gerber en faisant son rot.
Arrivés à destination, nous avons traversé la foule et nous sommes enfin sortis. Nous avons remercié le chauffeur pour ce trajet inoubliable en lui adressant un signe amical : Anne a vomi à son endroit, Marcelin a montré son ZIZIII et moi j'ai fait un cumulet avant, je n'ai jamais su faire les cumulets arrières.

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