Another Brick in the wall
14h26. Quelque part dans une étude.
- Je ne comprends pas ce qui peut se passer dans la tête des jeunes. Vouloir devenir architecte !
Le vieux maître fatigué qui prononce ces mots me regarde étrangement, moi, le spécimen rare, l'échappé de la série UFO, le stagiaire.
- Je suis désolé mais c'est vrai, ajoute-t-il à mon intention.
Qu'est-ce qu'il veut que je lui dise ? Qu'il a raison ? Que c'est un métier merdique et que je ne suis qu'un abruti d'être venu m'y fourrer ?
Je souris servilement comme je le ferais à l'égard d'un grabataire dans un hospice. Il me raconte sa vie.
Sa phrase - j'ai commencé à travailler en 1964 - m'a fait délirer, moi, le schizophrène refoulé. Les années soixante. Je suis devenu cet homme. Je plaque tout pour partir sur les routes avec les Merry Pranksters. Je m'explose la tronche au jus d'orange à l'acide. Ma vie devient une expérience. Au-delà des mots, au-delà des signes. Une aventure décousue sans marques de temps. Je suis ici, mais je suis ailleurs.
- ...et enfin, m'explique-t-il, à deux ans de la pension, j'en ai plus qu'assez de dessiner des plans. Horrible, non ?
Je n'ai rien compris à son histoire, mais je hoche et je compatis. Il va craquer. Ce coup-là, c'est direct la prépension, ou un congé de maladie indéterminé.
Ah ! Tant de portes devant nous et si peu d'espoir !